Gabon/AGASA : Jean Delors Biyogue dénonce un système corrompu et défend ses réformes

Face à une grève qui pointe à l’Agence gabonaise de sécurité alimentaire (AGASA), son directeur général, Dr Jean Delors Biyogue Bi Ntougou, a livré un plaidoyer sans détour ce jeudi lors d’une conférence de presse à Libreville. Devant des médias locaux et internationaux, il a dénoncé un système corrompu et assumé les réformes controversées qu’il mène depuis sa prise de fonction.
Nommé à la tête de l’AGASA le 28 décembre 2024, Jean Delors Biyogue affirme avoir hérité d’une structure gangrenée par la corruption et le détournement de recettes. « Le diagnostic qui a été fait est que la maison était gangrenée par la corruption », a-t-il déclaré, précisant que l’agence fonctionne sur fonds propres et traînait une dette de 938 millions FCFA.
Mandaté par le président de la République pour « redresser, restructurer et redynamiser » une AGASA dans l’impasse, le directeur général a lancé le programme Ambition stratégique 2027, structuré en trois phases, à savoir : la restructuration en 2025, l’année de l’impact en 2026, et l’année de la stabilisation et du développement pour 2027.
Parmi les mesures phares déjà mises en place par le nouveau directoire, la création de délégations provinciales autonomes dans l’Estuaire, avec des brigades de contrôle à Owendo, Akanda et Libreville. Ces unités rendent désormais compte directement à la direction générale, renforçant la traçabilité des opérations.
Une grève révélatrice de résistances internes
Pour Jean Delors Biyogue, la grève actuelle ne serait pas motivée par des revendications sociales, mais par la résistance d’un réseau interne en place depuis 14 ans. « Des personnes n’ont jamais bougé de leurs postes clés, notamment au service informatique », a-t-il révélé, dénonçant des pratiques opaques et des réouvertures de structures non conformes sans validation de la direction.
Face au déficit de personnel — 110 agents pour un besoin estimé à 420 —, le DG a lancé le programme AGASA Compétences, visant à intégrer des jeunes diplômés via des stages professionnalisants. Une initiative saluée par certains mais contestée par le syndicat, qui craint une hausse de la masse salariale.
Mais malgré les tensions, les réformes engagées semblent porter leurs fruits. « Les recettes ont pratiquement triplé », affirme le directeur général, grâce aux brigades de contrôle et à une gestion plus transparente. Il se défend des accusations de gestion opaque : « Je ne suis pas en contact avec l’argent », ajoutant avoir proposé une commission de suivi des comptes ouverte aux syndicalistes.
Alors que le bras de fer se poursuit pour l’heure entre la direction et le syndicat, Jean Delors Biyogue reste ferme sur sa ligne : assainir, moderniser et rendre l’AGASA plus performante, quitte à bousculer les intérêts établis.
Roger BIÈRE



