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Diaspora et développement : l’impératif d’un investissement autonome en République centrafricaine

Par Aymard Guinon

La situation économique de la République centrafricaine demeure marquée par une fragilité structurelle : faiblesse de la base productive, dépendance aux financements extérieurs, capacités budgétaires publiques limitées. Dans ce contexte, la contribution de la diaspora ne peut plus s’inscrire dans une logique d’attente ou d’assistanat institutionnel. Elle doit s’opérer selon une approche entrepreneuriale, capitalisée et stratégique.

Le débat doit être clarifié : le développement ne se décrète pas, il se finance, se structure et se gouverne. La diaspora dispose de trois actifs déterminants — le capital financier, le capital relationnel et le capital de compétences — qui doivent être mobilisés de manière coordonnée pour produire un effet macroéconomique tangible.

1. Passer d’une logique de solidarité à une logique d’investissement

La solidarité, bien que nécessaire sur le plan social, ne crée pas durablement de la valeur. À l’inverse, l’investissement productif génère des externalités positives : emplois locaux, recettes fiscales, transfert de savoir-faire et stabilisation des territoires.
Les projets portés par la diaspora doivent être conçus comme des projets bancables : étude de marché, modèle économique clair, gouvernance identifiée et mécanismes de reddition de comptes.

2. Mobiliser les ressources propres et les réseaux internationaux

Il est illusoire d’attendre un financement massif de l’État dans un environnement de contraintes budgétaires. La priorité doit être donnée à :
• l’apport en fonds propres,
• la structuration de pools d’investisseurs issus de la diaspora,
• la mobilisation de carnets d’adresses professionnels (banques, fonds à impact, fondations, partenaires techniques).

La diaspora n’est pas seulement une source de remises migratoires ; elle est un vecteur d’ingénierie financière et de crédibilité internationale.

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3. Cibler les secteurs à fort rendement socio-économique

Une stratégie rationnelle impose une priorisation sectorielle :
• agriculture et agro-transformation,
• énergie décentralisée,
• services essentiels (santé, éducation, eau),
• PME locales à potentiel d’emplois.

Ces secteurs combinent utilité sociale, viabilité économique et capacité d’absorption de main-d’œuvre, condition indispensable à la stabilisation sociale.

4. Structurer une gouvernance de projet rigoureuse

Tout projet crédible suppose :
• une gouvernance transparente,
• des indicateurs de performance,
• un dispositif de contrôle interne,
• une articulation claire entre porteurs de projets, partenaires financiers et bénéficiaires.

Sans cette architecture, l’investissement se dilue et la confiance des partenaires se fragilise.

Conclusion

Le rôle de la diaspora centrafricaine n’est pas de pallier les insuffisances publiques, mais de compléter l’action publique par des initiatives privées structurées. Le développement passera par des projets financés, pilotés et évalués selon des standards professionnels.

La diaspora ne doit pas venir « demander ». Elle doit venir avec ses ressources, ses réseaux et ses investisseurs, pour bâtir une économie productive, mesurable et durable. C’est à ce prix que l’engagement patriotique se transformera en levier réel de souveraineté économique.

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