Congo : Transition énergétique, le projet Marine XII, un modèle africain

Le Congo s’impose comme un pionnier de la révolution gazière propre en Afrique avec le projet Marine XII, développé par le géant italien ENI. Ce chantier offshore, situé à 20 km des côtes congolaises, est le premier du continent à éliminer intégralement le torchage routinier, une pratique polluante longtemps inhérente à l’exploitation pétrolière. Entre prouesses technologiques et ambitions climatiques, ce laboratoire industriel redéfinit les standards énergétiques en Afrique centrale.
Une révolution technologique
La singularité de Marine XII réside dans son architecture « zéro torchage », une première en Afrique. Contrairement aux plateformes traditionnelles, le gaz associé est intégralement valorisé grâce à des compresseurs basse-fuite de méthane, un suivi numérique en temps réel des émissions et une innovation majeure : le « split mooring », une technique d’amarrage inédite pour les terminaux GNL flottants, déployée sur le Tango FLNG. Les gisements de Litchendjili et Nenè, exploités depuis 2014, alimentent ces installations via des conduites sous-marines courtes, minimisant les risques environnementaux.
Le gaz de Marine XII alimente deux centrales électriques : la Centrale Électrique du Congo (CEC, 300 MW) et la Centrale Électrique du Djéno (CED, 50 MW). Ensemble, elles couvrent 70% de la production nationale, électrifiant Pointe-Noire et alimentant Brazzaville.
Un modèle à consolider
Si Marine XII est salué comme un succès, sa pérennité dépendra de plusieurs facteurs clés : la transparence des données, avec une surveillance indépendante des émissions de méthane ; la gestion des risques, via des protocoles stricts en cas de fuite ou marée noire ; l’équité sociale, par une redistribution des bénéfices au-delà des zones urbaines ; et la diversification énergétique grâce au réinvestissement des revenus dans des énergies renouvelables.
«Ce projet prouve qu’exploitation gazière et transition écologique peuvent coexister», souligne le ministre Itoua. Un modèle qui pourrait inspirer d’autres pays africains, à la croisée des enjeux énergétiques et climatiques du XXIᵉ siècle.
Roger BIÈRE



