CEMAC : Eric MONGA, l’homme qui vise la cohésion autour du processus d’intégration Régionale

Président du haut conseil des affaires de la CEEAC, le Congolais et l’un des porte-parole les plus important dans la zone. Il caresse le rêve de voir l’implication du secteur privé dans le développement de l’Afrique Centrale.
Monsieur le président, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Je suis Eric Monga, vice-président national de la Fédération des Entreprises du Congo. Je suis également président du Haut Conseil des Affaires de la CEEAC.
- Courant 2023, vous a été porté à la présidence du Bureau Exécutif du Haut Conseil des Affaires de la CEEAC (HCA-CEEAC). Quels sont les objectifs assignés à ce Bureau au sein de la CEEAC ?
Le HCA vise à renforcer la cohésion autour du processus d’intégration régionale par une plus grande implication du secteur privé dans le processus de développement autonome en Afrique Centrale.
- Monsieur le président, comment se porte l’environnement des affaires, et de façon générale les échanges commerciaux, au sein de la CEEAC ?
L’environnement des affaires et les échanges commerciaux au sein de la CEEAC sont plutôt faibles. Il est grand temps d’augmenter les échanges intra-pays de la CEEAC, de passer de 3% à plus ou moins 5% pour atteindre un palier de 10% dans les prochaines années. Cela ne peut se passer que par des échanges entre les personnes d’abord, ce qui entraînera ensuite les échanges des biens.
Les Etats de l’Afrique Centrale ont commencé à créer des situations tout à fait particulières à leurs pays pour accroître ces échanges. Mais il faudrait les mettre dans cette synergie commune afin de susciter cet engagement. Je prends l’exemple des zones économiques qui sont dans un axe septentrional qui relie quasi dans une colonne tous les pays à l’intérieur du continent, pas seulement dans la zone côtière, mais aussi à l’intérieur du continent. Ce sont des actes pareils d’installation d’infrastructures qui sont à encourager, ainsi que les actes de mobilité des personnes, afin d’accroître cet environnement au sein de la CEEAC.
- Au regard du tableau que vous dressez, quelles sont les difficultés que rencontre la région Afrique Centrale ? Sinon quels leviers activer pour booster le paysage des affaires dans la région ?
Les difficultés portent principalement sur les visas. Beaucoup de pays n’ont pas encore instauré la libre circulation des biens et des personnes et beaucoup de pays limitent le temps de la durée desdits visas. Par exemple, entre la RDC et le Congo-Brazza, formellement la frontière ferme à 16h00, mais si vous regardez bien, la grande activité se passe entre 16h et 19h sur le fleuve. Face à cette difficulté, ouvrons les frontières et que chaque service travaille correctement, s’il faut renforcer la sécurité, la navigabilité, pourvu qu’on laisse les gens travailler. Lorsque je prends la colonne vertébrale de l’Ubangi et que je vais jusqu’au Tchad, il faut que les gens puissent circuler librement. Quand ils sont dans la CEEAC, on leur livre une sorte de sauf-conduit pour leur permettre de circuler librement pour leurs affaires. Et c’est à ça que nous devons aspirer, avoir une sorte de sauf-conduit ou un visa régional qui puisse permettre d’aller partout car c’est très important. Cela ne peut se faire que par une décision des chefs d’Etat de l’Afrique Centrale.
De plus, nous remarquons qu’il y a, au niveau de l’Afrique Centrale, une volonté politique pour accroître ces échanges, mais il faut les matérialiser. Cette matérialisation doit être poussée par les hommes d’affaires et les chambres de commerce comme la nôtre. C’est pour cela que chacun de nous doit pousser dans son pays pour que cette matérialisation soit effective. Et c’est en agrégeant, en mettant ensemble tous les efforts de chaque pays au sein du Haut Conseil que nous allons aboutir à une sorte de masse critique qui fera éclore de grands échanges commerciaux.
- Vous avez pris part, du 26 au 27 février, au forum sur l’industrialisation de l’Afrique australe qui vient de se dérouler en Afrique du Sud. Quels étaient les enjeux de ce forum ?
Les enjeux de ce forum sont d’ordre stratégique. Vous savez que la SADC, qui concerne les pays de l’Afrique australe, est voisine de la CEEAC avec deux points d’entrée principaux qui sont la RDC et l’Angola. Vous savez également qu’il y a trois grandes routes, qui partent du bas vers le nord et qui entrent généralement dans l’Afrique Centrale, passent par l’est avec le Burundi et la Tanzanie, par le centre avec le Congo Kinshasa, par l’ouest avec l’Angola. Ainsi, les deux communautés peuvent échanger utilement. Ce sont de grandes communautés qui peuvent être créées rapidement pour le grand ensemble qu’est la ZLECAF. En mettant ensemble les deux communautés, on va atteindre à peu près 30% du grand marché de toute l’Afrique qui est à peu près de 1,3 milliards. Les deux blocs peuvent atteindre 30 à 40% selon les flux commerciaux envisageables.
- L’Afrique australe connaît un développement enviable en matière d’industrialisation et des affaires. Quel est le secret de ce dynamisme et pensez-vous que ce modèle soit applicable à la zone CEEAC ? Sinon comment pensez-vous que la zone CEEAC peut-elle tirer profit de tels échanges ?
L’industrialisation de la SADC est remarquable et la force de cette industrialisation est le marché qui va vers le nord. Dans le nord aussi, il y a quand même beaucoup de produits qui descendent vers le sud, mais les échanges des technologies et des affaires feront que le centre qui est la CEEAC pourrait être aussi un grand potentiel parce que la CEEAC y compris l’Angola, la RDC, le Congo-Brazza et tous les pays peuvent être de gros potentiels énergétiques, ce qui peut faciliter l’industrialisation. Grâce à ces gros potentiels énergétiques ouvrant sur l’industrialisation, le transfert des technologies ou même la localisation de ces industries un peu partout fera que l’Afrique se développe très rapidement. Les matières premières pourront se retrouver un peu partout et ces échanges Afrique – Afrique vont permettre de booster l’industrialisation.
- L’Angola a été un point de référence tout au long de ce forum. Qu’est-ce qui fait tant la réussite de ce géant d’Afrique ?
L’Angola a un atout très grand. D’abord du point de vue géostratégique, l’Angola a un grand accès à la mer, il est en Afrique centrale et en Afrique australe, c’est un pays lusophone qui connaît une stabilité qui fait qu’il peut rayonner sur toutes les régions, soit de la SADC, soit de l’Afrique centrale. Il s’ouvre à tous les investissements et rayonne vers les deux centres. Il est en phase de devenir une puissance énergétique intéressante pour l’Afrique centrale et l’Afrique australe, donc il peut être un gros moteur avec le port de Lobito, avec tous les barrages qu’il est en train de construire. N’oubliez pas que l’hydroélectricité est la moins cher par rapport aux autres sources d’énergie que nous pouvons avoir. Et aussi, la force de la population, la force des infrastructures feront que l’Angola pourrait être le point charnière de toutes les communautés.
- L’Afrique centrale dispose d’un capital humain certain. Pourtant, à y regarder de près, la jeunesse de la zone CEEAC peine encore à trouver sa place dans les différents circuits des affaires. Comment une institution comme la vôtre peut aider à changer la donne ?
La CEEAC a un marché d’à peu près 300 millions d’âmes dont plus de la moitié sont des jeunes, et cette force ouvrière bien canalisée, bien formée, peut constituer le grand capital de demain dans le monde. Je ne parle pas de l’Afrique mais du monde. Raison pour laquelle on doit mettre un accent particulier sur la formation et l’encadrement de toute cette jeunesse. Et je crois que la nature aussi est très importante, lorsque nos jeunes seront formés pour préserver la nature, encadrer la nature, utiliser la nature pour le bien et au service de l’homme et de la communauté, ce sera une très grande force. Et surtout, pour l’Angola, le Congo et tous les pays du bassin du Congo et du bassin de la CEEAC jusqu’au Gabon, nos jeunes seront notre force de demain.
- Monsieur le président, vous êtes vous-même un entrepreneur chevronné. Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui souhaitent se lancer dans le monde de l’entrepreneuriat ?
Le conseil que je donnerais aux jeunes pour l’instant c’est la persévérance et la discipline, plus la formation. Avec ces atouts, on peut faire des miracles. Ensuite, il faut garder intacte notre culture d’intégrité, de loyauté, cette culture africaine qui est une nouvelle donne dans le monde entier et qui peut être aussi un grand facteur de développement. En résumé, avec la discipline, la persévérance et la formation qui peut être universitaire, technique ou de base, sur la base de nos valeurs, la jeunesse peut bien entreprendre et, étant discipliné dans tout ce qu’ils font, ils peuvent réussir. La réussite n’est pas seulement lorsque vous brassez beaucoup d’argent, la réussite c’est lorsque vous faites excellemment ce que vous êtes en mesure de faire, et dans ce cas vous servez le monde, vous servez votre voisin et vous servez votre famille.
Monsieur le président, votre mot de la fin
Nos remerciements à vous.
Rédaction CQFA



