Afrique-États-Unis : Un sommet pour des partenariats gagnant-gagnant

Une délégation de cinq chefs d’État africains entame ce mercredi une visite diplomatique cruciale aux États-Unis. Les présidents Brice Clotaire Oligui Nguema (Gabon), Bassirou Diomaye Faye (Sénégal), Joseph Boakai (Liberia), Mohamed Ould Ghazouani (Mauritanie) et Umaro Sissoco Embaló (Guinée-Bissau) sont attendus à la Maison Blanche pour un mini-sommet de trois jours avec Donald Trump, en vue de consolider les relations bilatérales sur les plans économique et stratégique.

Une rencontre aux enjeux multiples
Tout d’abord, ce mini-sommet s’inscrit dans la continuité du 17ᵉ Sommet États-Unis–Afrique des affaires, organisé récemment à Luanda. Pus de 2,5 milliards de dollars d’accords y avaient été signés, montrant l’intérêt croissant des États-Unis pour le continent. De plus, les discussions porteront principalement sur trois axes : les investissements stratégiques, la sécurité maritime dans le golfe de Guinée, et l’accès aux minerais critiques, tout en renforçant la lutte contre le crime organisé.
Le choix des pays invités n’est pas anodin. Non seulement ils sont tous situés en bordure de l’Atlantique, mais en plus ils disposent d’importantes ressources naturelles. À cet égard, le Gabon se distingue par ses réserves de pétrole, de manganèse, d’uranium, d’or et de terres rares. De même, la Guinée-Bissau possède des gisements de phosphate, de bauxite, de pétrole et de gaz, tandis que le Liberia abrite des réserves d’or et de diamants. Quant à la Mauritanie, elle exploite du minerai de fer, de l’or, du cuivre et des terres rares. Enfin, le Sénégal mise sur ses champs pétroliers et gaziers, ainsi que sur son or et son phosphate.
Sécurité, commerce et rivalités géopolitiques
Dans un contexte de compétition accrue entre grandes puissances, les États-Unis cherchent à contrer l’influence croissante de la Chine et de la Russie en Afrique. C’est pourquoi Washington pourrait proposer un soutien sécuritaire, notamment contre la piraterie dans le golfe de Guinée, en échange d’un accès privilégié aux ressources minières.
Cependant, cette coopération est assombrie par des tensions politiques. En effet, selon des documents consultés par Reuters et le Washington Post, les États-Unis envisagent d’imposer des restrictions migratoires à plusieurs pays africains, dont quatre des cinq invités. Cette décision, justifiée par des problèmes de fiabilité des documents d’identité, crée une contradiction avec le discours américain sur un partenariat « gagnant-gagnant ».
Une Afrique qui négocie en position de force
Si les États-Unis veulent sécuriser leurs approvisionnements, les dirigeants africains, eux, entendent bien défendre leurs intérêts. Ainsi, les questions des tarifs douaniers et des investissements directs seront au cœur des négociations. Ce sommet pourrait marquer un tournant dans la politique africaine de l’administration Trump. D’une part, les enjeux économiques et sécuritaires sont immenses, d’autre part, les rivalités géopolitiques ajoutent une dimension complexe aux discussions. Finalement, une évidence s’impose : l’Afrique, forte de ses ressources et de sa position stratégique, n’est plus un acteur passif mais un partenaire incontournable sur l’échiquier mondial.
Roger BIÈRE



