Zoom et découverte

Ile Maurice: Les atouts et vulnérabilités de la success story d’Afrique

Située à environ 2,500 km au large de la côte sud-est du continent africain, l’île Maurice est souvent citée comme la success story économique de l’Afrique. Grâce à une stratégie de diversification réussie, l’île ambitionne d’être le premier pays africain à obtenir le statut de pays à revenus élevés.

Avec un population de près de 1,3 million d’habitants, ce petit pays abrite des peuples d’origine africaine, asiatique et européenne, qui ont vécu ensemble en quasi-harmonie pendant des siècles. Cet héritage culturel diversifié est reflété dans la cuisine, la musique, les arts et d’autres aspects de la culture mauricienne. De tous les pays africains, l’île Maurice est le seul où l’hindouisme est la religion principale. L’île qui était inhabitée fut colonisée principalement par les français et  les britanniques, façonnée  au rythme des arrivées d’esclaves d’Afrique et de l’immigration massive  des travailleurs engagés et commerçants asiatiques venant de principalement de l’Inde mais aussi de la Chine.

Avec comme animal emblématique le dodo, oiseau rendu célèbre par l’imagination débridée de Lewis Caroll, Maurice est notamment célèbre pour son paysage à couper le souffle et ses plages de sable blanc. Avec plus de 350 km de littoral, cette île offre des activités de plongée sous-marine, des sports nautiques, des randonnées et des croisières en yacht. Le climat tropical offre des températures moyennes toute l’année. L’île est très prisée des touristes européens. Ils étaient 674 511 à visiter Maurice l’an dernier, sur un total d’un million de visiteurs. L’industrie touristique est un des piliers de l’économie mauricienne. En 2022, il y avait 113 hôtels agréés dont 6 étaient temporairement fermés ou en travaux de rénovation, et un nouvel hôtel n’était pas encore en activité. La capacité totale en chambres de ces hôtels était de 13 649 avec 31 745 lits.

Maurice, indépendant du Royaume Uni en 1968, et qui avait une économie basée sur la monoculture de la canne à sucre, qui occupait la quasi-totalité des terres cultivées du pays,  est aujourd’hui fortement diversifiée, soutenue par une politique économique ouverte. Le PIB par habitant est également parmi les plus élevés de l’Afrique subsaharienne.

L’île est également connue pour ses industries manufacturières et de services bancaires et financières. Ce sont les deux premiers piliers économiques du pays. La manufacture et les services financiers, à part presque égal, c’est 25% du PIB du pays.

Le secteur manufacturier est  dominé par la transformation du poisson, la production du sucre spéciaux et du textile/habillement (principalement des t-shirts, des chemises et des costumes) qui représentent environ 70 % des exportations totales.

Centre financier

Le pays est aussi un centre d’affaires florissant pour les entreprises multinationales. Il est une destination de choix pour les investisseurs étrangers, car elle offre des incitations fiscales attractives. ​​Le taux d’imposition sur les sociétés ou les revenus personnels est de 15 %. Il n’y  a pas d’imposition sur les plus-values ou les dividendes. Pas de restriction non plus sur le rapatriement des bénéfices, dividendes et capitaux. La notion de résidence fiscale reste évidemment la condition sine qua non pour bénéficier de l’éventail des avantages fiscaux qu’offre Maurice. “La création d’un secteur offshore basé sur les activités bancaires offshore exonérée d’impôt et protégée par le secret, visait à faciliter le commerce transfrontalier et les transactions financières n’impliquant pas de résidents”, explique Kee Chong Li Kwong Wing, économiste et ancien conseiller au ministère des Finances.  “Mais comme le commerce régional n’a pas décollé faute d’infrastructures et d’incitations adéquates, le secteur offshore s’est tourné vers les entreprises internationales qui recherchaient un centre d’allègement fiscal pour mener à bien leurs activités mondiales, ainsi que les particuliers fortunés qui avaient besoin d’un abri fiscal pour parquer et gérer leurs actifs et leur patrimoine. Ainsi, le secteur offshore a progressivement assumé un rôle classique d’optimisation fiscal pour les entreprises et particuliers internationales”, poursuit-il.

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Le centre financier mauricien a néanmoins souvent mauvaise presse, souvent qualifié de paradis fiscal. Il a été placé sur la liste grise du GAFI et la liste noire de l’Union Européenne en 2020. Le pays sera retiré de ces listes en moins de deux ans. “La juridiction mauricienne est sortie de la liste grise du GAFI en un temps record, le GAFI l’a d’ailleurs souligné lui-même. Nous avons aussi été retirés de la liste noire de l’UE. Nous nous sommes également engagés à le maintenir. Nous avons l’intention de maintenir notre niveau de conformité. Nous sommes fiers d’affirmer que nous sommes conformes ou largement conformes aux 40 recommandations techniques du GAFI, et on est le seul pays de la région et parmi très peu dans le monde à l’être.

Les autorités mauriciennes caressent l’ambition d’être la porte d’entrée des investissements en Afrique, compte tenu de l’architecture de son secteur financier et sa position géographique, située entre l’Asie et le continent.

Immobilier

Les étrangers, européens mais aussi sud-africains, sont nombreux à s’installer à Maurice. L’immobilier mauricien représente environ 65% des investissements directs étrangers reçus par Maurice. “Le secteur immobilier est un secteur important de l’économie de Maurice. Un nombre important de modifications législatives, de programmes d’investissement, et d’incitations ont été mis en œuvre sur plusieurs années pour conduire l’évolution du secteur immobilier et de ses secteurs associés, notamment la construction”, explique Ken Poonoosamy, directeur de l’Economic Development Board, agence responsable de la promotion de l’investissement à Maurice.

Pour Ken Poonoosamy, l’île offre également une culture dynamique et un style de vie unique. “C’est un attrait sans précédent pour les citoyens du monde. Le mode de vie mauricien allie confort et luxe, tout en mêlant patrimoine culturel et modernité, et aligne travail et loisirs. L’île a logiquement gagné en popularité à l’échelle internationale”, explique Ken Poonoosamy, directeur de l’Economic Development Board, agence responsable de la promotion de l’investissement à Maurice. “Le pays est en tête de l’indice de qualité de vie de Mercer en tant que pays africain avec la meilleure qualité de vie et est le pays africain le mieux classé dans le World Happiness Report 2019”, ajoute-t-il.

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Partenaires Commerciaux

L’île Maurice a de solides relations commerciales avec ses deux anciens colonisateurs, la France et le Royaume Uni mais aussi avec l’Inde et la Chine. La France est le principal marché touristique du pays, alors que l’Inde et la Chine, sont les deux principales sources d’approvisionnement du pays.

Signataire de la Zlecaf, le pays a aussi ratifié des accords de libre échange avec l’Inde et la Chine. “En cumulant les différents accords signés, Maurice économie de 1,3 million d’habitants bénéficie aujourd’hui d’un accès préférentiel à plus de 5 milliards d’individus à travers le monde, soit plus de 75% de la population mondiale. Cela sans compter la perspective que l’Afrique sera doté d’une population de 2,5 milliards d’habitants en 2050. Avec l’attribution que ces accords confèrent, couplés à nos avantages intrinsèques en termes de facilités à faire des affaires, stabilité politique, fiabilité réglementaire, et disponibilité des compétences professionnelles, Maurice est la plateforme de choix pour faciliter le commerce et les investissements transfrontaliers entre la Chine et le continent africain”, souligne le ministre des Finances, Renganaden Padayachy.

Vulnérabilité

Maurice est passé d’une contraction économique de 15 % en 2020 avec l’arrêt complet de l’industrie touristique et ses activités annexes à une croissance de moins de 4 % l’année dernière, à 7,2 % en 2022.

Le pays fait face à plusieurs défis économiques majeurs dans le cadre de sa quête de passer de pays à revenus intermédiaires, tranche supérieure à pays à haut revenus, reste vulnérable sur plusieurs plans. L’un d’eux est l’inflation car le pays importe 70% de ses besoins alimentaires. Cette dépendance vis-à-vis des importations expose le pays aux fluctuations des prix des produits alimentaires mondiaux. Étant un des pays les plus impactés par la pandémie de la Covid-19, les Mauriciens ont dû encaisser la dépréciation abrupte de la monnaie locale, la roupie. Cette dernière a perdu plus de 40% de sa valeur en deux ans. Le taux d’inflation a atteint les 11,8% à la fin de 2022. Cette situation a eu un impact négatif sur le coût des importations alimentaires. Pour faire face à la hausse des prix des produits alimentaires, le gouvernement a mis en place des mesures de soutien, notamment des subventions et des tarifs douaniers réduits pour les produits alimentaires. Parallèlement, le gouvernement a lancé un plan pour promouvoir l’agriculture locale et l’autosuffisance alimentaire. Ce plan comprend des mesures visant à améliorer l’accès aux terres agricoles, à réduire les taxes sur les importations et à soutenir les agriculteurs locaux. L’objectif est de réduire la dépendance de l’île vis-à-vis des importations alimentaires et de contribuer à la sécurité alimentaire.

Maurice est l’un des pays les plus vulnérables au changement climatique, comme le révèle le Rapport mondial sur les risques 2020 qui a classé Maurice comme le 53e pays présentant le plus grand risque de catastrophe, sur 181 pays.

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Le ministre de l’Environnement de Maurice, Kavi Ramano a souligné l’urgence de la menace, lors de son discours lors de la 27e réunion de la Conférence des parties (COP) à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, tenue en Egypte. “Maurice voit les effets du changement climatique de première main”. Le dérèglement climatique met en péril des décennies de progrès durement acquis, a-t-il affirmé. Je tiens à souligner que tous nos indicateurs climatiques sont dans le rouge. Le pays a enregistré un changement de température de 1,39 degré Celsius, alors que l’élévation annuelle du niveau de la mer a été de 5,6 mm. “Ces statistiques sont plus élevées que les moyennes mondiales. Au cours des 50 dernières années, il y a eu une diminution de 8% des précipitations annuelles, ce qui a eu un impact direct sur notre agriculture. Au cours de la dernière décennie, la largeur de nos plages a diminué de plus de 20 mètres, ce qui a un impact direct sur l’industrie du tourisme”, a rappelé Kavi Ramano.

Le trafic de drogue : Un mythe de Sisyphe

A Maurice, la lutte contre le trafic de drogue ressemble à un rocher de Sisyphe. Le pays serait une plaque tournante pour la distribution de drogue selon le rapport du Global Initiative Against Transnational Organized Crimes. Près de 10,000 personnes ont été arrêtées à Maurice pour des affaires de drogues de 2015 à 2019. Selon les chiffres officiels, la valeur des drogues se monte à Rs 8,5 milliards pour la période sous revue. Au total, 300,000 plantes de cannabis ont été déracinées par les autorités et, près de 550 kilos d’héroïne saisies.

La drogue synthétique représente aujourd’hui, près d’un quart des saisies, contre 50% pour le cannabis et environ 25% pour l’héroïne.D’ailleurs, selon l’ENACT, Maurice se retrouve premier, devant l’Afrique du Sud, parmi les pays de l’Afrique australe en termes de consommation de drogue synthétique. L’île figure dans les trois premiers sur la totalité des 53 pays africains. Ally Lazer, travailleur social, souligne que vingt ans de cela, United Nations Office for Drug Control (UNODC) avait déjà classé Maurice en tête de liste pour la consommation de drogues en Afrique.« Maurice était classé comme  étant le premier pays au niveau de la consommation d’héroïne, une drogue qui pourtant  n’est même pas produite localement et maintenant, nous voilà devenus les premiers au niveau des drogues synthétiques. Il n’y a pas un endroit où la drogue synthétique n’est pas disponible à Maurice », dit-il.

Une étude menée par l’ONG PILS  (Prévention Information Lutte contre le SIDA) a révélé que plus de la moitié des Mauriciens interrogés ont déclaré que leur vie était d’une manière ou d’une autre directement ou indirectement influencée par le problème de la drogue sur l’île et a classé la drogue comme le problème social le plus important du pays.

Kervin Victor

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